En résumé
Un refus d’assurance décennale ne vous dispense pas de l’obligation légale de vous assurer. Avant tout recours, quatre leviers permettent de débloquer la plupart des dossiers : passer par un courtier spécialisé, cibler les assureurs de profils atypiques, réduire le périmètre d’activités déclarées et étoffer son dossier de compétences. Si tous les assureurs refusent, la saisine du Bureau central de tarification (art. L243-4 du Code des assurances) contraint une compagnie à vous couvrir. Le recours exige un refus écrit, et la procédure prend un à trois mois.
Vous avez rempli cinq formulaires, appelé trois compagnies, et la réponse est toujours la même. Sans décennale, vous ne pouvez pas ouvrir votre chantier. Et votre activité est à l’arrêt.
Bonne nouvelle : la loi ne vous laisse pas sans solution. L’assurance décennale étant une obligation légale, le législateur a prévu un mécanisme qui empêche le marché de vous exclure. Encore faut-il l’activer correctement, et dans le bon ordre.
Pourquoi les assureurs refusent un auto-entrepreneur
Un refus est presque toujours mécanique. Il correspond à un critère de souscription, pas à un jugement sur votre travail.
| Motif de refus | Fréquence | Marge de manœuvre |
| Moins d’un an d’expérience justifiable | Très élevée | Bonne — diplômes et fiches de paie acceptés |
| Aucun diplôme ni titre professionnel | Élevée | Moyenne — VAE, attestations employeur |
| Activité jugée à risque (étanchéité, piscine, charpente) | Élevée | Faible — assureurs spécialisés uniquement |
| Multiservice avec trop d’activités déclarées | Élevée | Bonne — réduire le périmètre |
| Résiliation précédente pour non-paiement | Moyenne | Faible — régulariser d’abord |
| Sinistralité antérieure importante | Moyenne | Faible |
| Reprise d’activité après plusieurs années d’arrêt | Moyenne | Bonne — dossier de compétences |
Le motif le plus fréquent chez les auto-entrepreneurs est aussi le plus facile à corriger : avoir déclaré trop d’activités d’un coup. Un artisan qui coche maçonnerie, carrelage, plomberie et étanchéité sur le même formulaire déclenche un refus automatique chez la majorité des compagnies. Le sujet est détaillé dans notre analyse du prix de la décennale multiservice.
Un refus ne vous dispense de rien
C’est le point que beaucoup d’artisans comprennent trop tard.
L’obligation d’assurance décennale découle de la loi Spinetta du 4 janvier 1978. Elle est attachée à la nature de l’activité, pas à votre capacité à trouver un assureur. Si personne ne veut vous couvrir, l’obligation demeure entière.
Concrètement, ouvrir un chantier après un refus vous expose exactement aux mêmes sanctions que si vous n’aviez jamais cherché à vous assurer : six mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende (article L243-3 du Code des assurances), plus la prise en charge personnelle de tout sinistre décennal.
Ne démarrez aucun chantier pendant votre recherche. C’est la seule règle non négociable de cet article.
Les 4 leviers à tester avant tout recours
Le BCT est un dernier ressort, pas une première étape. Dans la majorité des dossiers, l’un de ces quatre leviers suffit.
1. Passer par un courtier spécialisé BTP
Un courtier travaille avec des compagnies qui ne commercialisent pas en direct et qui acceptent des profils que le marché grand public refuse. Il sait aussi présenter votre dossier : le même artisan, avec les mêmes justificatifs, obtient ou non une réponse favorable selon la façon dont le dossier est monté.
2. Cibler les assureurs de profils atypiques
Certaines compagnies se sont positionnées sur les jeunes entreprises et les auto-entrepreneurs, avec des conditions assouplies : un diplôme ou une année d’expérience pour le second œuvre, deux ans pour le gros œuvre. Le contrepoint est une surprime temporaire, souvent levée après deux exercices sans sinistre. Notre comparatif des assureurs décennale auto-entrepreneur détaille les positionnements de chacun.
3. Réduire le périmètre d’activités déclarées
Déclarez d’abord votre activité principale, celle que vos justificatifs couvrent le mieux. Vous ajouterez les autres par avenant une fois le contrat en cours, avec un historique à votre actif.
⚠️ Attention : ne réduisez le périmètre que si vous réduisez aussi réellement votre activité. Exercer un métier non déclaré revient à ne pas être assuré du tout sur ce métier.
4. Construire un vrai dossier de compétences
Les assureurs jugent le risque sur pièces. Réunissez :
- Diplômes, CAP, BEP, titre professionnel, VAE
- Fiches de paie et attestations d’employeur du secteur
- Factures de chantiers déjà réalisés
- Attestations de formation continue ou de qualification (Qualibat, RGE)
- Relevé d’informations de votre précédent assureur
Un dossier de compétences solide neutralise une grande partie de la surprime liée à l’absence d’antériorité.
Saisir le Bureau central de tarification
Si tous les leviers ont échoué, le BCT prend le relais.
Ce qu’est le BCT
Le Bureau central de tarification est une autorité administrative indépendante. Sa compétence en assurance construction découle de la loi Spinetta de 1978, et son fonctionnement est encadré par l’article L243-4 du Code des assurances.
Son pouvoir est précis : il désigne un assureur que vous avez choisi et fixe la prime que cette compagnie devra appliquer. L’assureur désigné ne peut plus refuser, sous peine de sanctions administratives pouvant aller jusqu’au retrait de son agrément.
La procédure, étape par étape
| Étape | Ce que vous faites | Point de vigilance |
| 1 | Choisir la compagnie que vous voulez voir désignée | Le BCT ne choisit pas à votre place |
| 2 | Lui adresser une demande de garantie par lettre recommandée avec AR | L’AR est la preuve de la démarche |
| 3 | Obtenir un refus écrit | Un refus oral ou téléphonique ne vaut rien |
| 4 | Constituer le dossier de saisine | Formulaire officiel + pièces justificatives |
| 5 | Envoyer la saisine au BCT en recommandé | Un délai court après le refus — vérifiez celui indiqué sur le formulaire en vigueur |
| 6 | Attendre la décision | Prime fixée et assureur désigné |
Les pièces à joindre
- Le formulaire de saisine complété
- La copie de votre demande de garantie et de l’accusé de réception
- Le refus écrit de l’assureur
- Extrait Kbis ou récépissé de micro-entreprise, SIRET
- Descriptif détaillé des activités à garantir
- Justificatifs de qualification et d’expérience
- Chiffre d’affaires prévisionnel
Ce que le BCT ne fait pas
Trois idées reçues à corriger :
- Il ne vous garantit pas un tarif bas. Il fixe une prime, souvent supérieure au marché. Le BCT rend l’assurance possible, pas économique.
- Il n’est pas instantané. Comptez généralement un à trois mois entre la saisine et la décision. Anticipez : ne comptez pas dessus pour un chantier qui démarre la semaine prochaine. Si votre besoin est urgent, explorez d’abord les solutions décrites dans notre guide de l’assurance décennale immédiate.
- Il ne rattrape pas le passé. La garantie obtenue ne couvre pas les chantiers déjà ouverts avant la souscription.
Les erreurs qui font échouer une saisine
- Se contenter d’un refus oral. Sans document écrit, le dossier est irrecevable. Exigez systématiquement un refus par écrit.
- Envoyer la demande initiale par simple email. La lettre recommandée avec AR est ce qui matérialise la date et la démarche.
- Attendre trop longtemps après le refus. Le délai de saisine est court. Traitez le dossier dans la foulée du refus, pas un mois plus tard.
- Déclarer des activités incohérentes avec les justificatifs. Le BCT examine le dossier sur pièces comme un assureur.
- Travailler pendant la procédure. Vous êtes juridiquement non assuré tant que le contrat n’est pas en vigueur.
Une fois votre contrat obtenu, pensez à demander immédiatement votre attestation : c’est elle, et non le contrat, que vos clients exigeront avant l’ouverture du chantier.
Questions fréquentes
Que faire si aucun assureur ne veut m’assurer en décennale ?
Testez d’abord un courtier spécialisé BTP, les assureurs de profils atypiques, la réduction du périmètre d’activités et le renforcement de votre dossier de compétences. Si tous les recours échouent, saisissez le Bureau central de tarification : il désignera un assureur et fixera votre prime.
Un refus d’assurance décennale me dispense-t-il de l’obligation ?
Non. L’obligation d’assurance décennale est liée à la nature de votre activité, pas à votre capacité à trouver un assureur. Ouvrir un chantier sans couverture vous expose à six mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende selon l’article L243-3 du Code des assurances.
Comment saisir le Bureau central de tarification pour une décennale ?
Adressez une demande de garantie à l’assureur de votre choix par lettre recommandée avec accusé de réception, obtenez son refus écrit, puis envoyez au BCT le formulaire de saisine accompagné du refus, de l’accusé de réception et de vos justificatifs professionnels.
Combien de temps prend une saisine du BCT ?
Comptez généralement un à trois mois entre l’envoi du dossier et la décision. Le BCT n’est pas une solution d’urgence : si votre chantier démarre sous quelques jours, cherchez d’abord un assureur acceptant les profils difficiles.
Le BCT garantit-il un tarif avantageux ?
Non. Le BCT fixe une prime qui est souvent supérieure aux tarifs du marché. Son rôle est de rendre l’assurance accessible à ceux que le marché refuse, pas de la rendre moins chère.
Pourquoi un auto-entrepreneur multiservice est-il souvent refusé ?
Parce que déclarer plusieurs métiers simultanément, en particulier avec de l’étanchéité ou de la charpente, déclenche un refus automatique chez de nombreux assureurs. Déclarer d’abord l’activité principale, puis ajouter les autres par avenant, débloque la majorité de ces dossiers.

